25 février 2014 - Bassératou

Réparation de clitoris : bientôt un hôpital à Bobo

Malgré les mesures répressives, l’excision se pratique toujours de façon clandestine au Burkina Faso, avec toutes les conséquences que cela comporte pour les victimes. Afin d’aider à juguler les effets de cette pratique, Bobo-Dioulasso abritera bientôt un hôpital de réparation des clitoris. L’ouverture de l’établissement est prévue pour le 7 mars 201DSC065664, sous la présidence de la Première dame du Faso, Chantal Compaoré.

C’est désormais une réalité. Longtemps en construction dans la ville de Sya vers la sortie, sur la route de Banfora, l’hôpital de réparation de clitoris en Afrique occidentale sera fonctionnel à partir du 7 mars prochain. « Ce sera le premier hôpital spécialisé dans la réparation du clitoris des victimes de mutilations génitales féminines », indique un communiqué publié par l’ONG Clitoraid, une organisation basée aux Etats-Unis. Baptisé Kamkaso, c’est-à-dire la maison de la femme, ou encore l’hôpital du plaisir (puisque, selon le communiqué, l’intervention permettra de restaurer leur dignité féminine ainsi que leur capacité à éprouver le plaisir physique qui leur avait été enlevé contre leur gré).

La bâtisse a été construite grâce à des dons et aux efforts de bonnes volontés du monde. Et déjà, l’engouement des femmes excisées est manifeste. En effet, alors que l’hôpital était en construction, environ 300 femmes se sont inscrites pour bénéficier de l’opération chirurgicale qui ne dure que 45 minutes. D’ailleurs, précise le communiqué, elle sera gratuite pour toutes celles qui en manifesteront le désir. Le choix de Chantal Compaoré pour présider la cérémonie d’ouverture n’est pas fortuit. La présence de celle-ci qui a toujours dénoncé l’excision honorera les responsables de Kamkaso. La directrice de la communication de Clitoraid, Nadine Gary soutient d’ailleurs que : « Bénéficier du soutien et de la présence de Chantal Compaoré le 7 mars sera une façon unique de célébrer cette ouverture ».

En ouvrant l’hôpital, les responsables entendent aider autant de victimes que possible à bénéficier de cette chirurgie. Ils rappellent toutefois qu’il convient de décourager une pratique qu’ils  qualifient de « barbare ». Car, « lorsque les effets des MGF peuvent être gratuitement inversés par la chirurgie, à quoi cela servirait-il de continuer à infliger ces mutilations ? ». Les chirurgiens, qui sont pour la plupart, des bénévoles américains de Clitoraid, notamment les docteurs Marci Bowers et Harold Henning Jr réaliseront les interventions dans le nouvel hôpital et formeront d’autres chirurgiens.

Rael ou Foldès ?

L’hôpital du plaisir, selon le communiqué, est le fruit de la vision de guide spirituel  RaelMaitreya. Pourtant le Dr Pierre Foldès réfute tout lien avec la secte raélienne. La récupération par cette secte, selon La dépêche du Midi, est vivement dénoncée par le Dr Foldès. « L’avenir des femmes victimes de mutilations sexuelles et leur prise en charge passent par une totale confidentialité et une liberté absolue de conscience », insiste-t-il. Pour lui, l’investissement douteux de mouvements religieux et sectaires ne permet pas de les assurer. Pourtant Abibata Sanon, l’une des responsables du projet soutenu par le Mouvement raélien qui annonce elle aussi l’ouverture de la même clinique soutient que l’idée vient de leur mouvement. Mais, a-t-elle ajouté, ce ne sont pas eux qui financent le projet. Interrogée par l’AFP, Abibata Sanon a confié que Clitoraid est une association à but non lucratif dans laquelle travaillent des raéliens comme des non-raéliens. Pour l’heure, les femmes inscrites sur la liste viennent du Kenya, du Mozambique, d’Ethiopie, du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire… Dans le monde, 125 millions de femmes ont subi une mutilation sexuelle, aussi appelée excision. L’excision, d’après l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), consiste en l’« ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres ». C’est donc pour les aider que le Dr Pierre Foldès, chirurgien au Centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain et médecin humanitaire, a mis au point en 1994 une technique de reconstruction vulvaire. Le samedi 22 février, des membres du mouvement raélien s’activaient avec les travaux pour que tout soit fin prêt avant le 7 mars.

DD témoigne

« Je suis une jeune femme, d’une trentaine d’années. J’ai été faire la réparation, tout  s’est très bien passé. Au début, j’avais peur, mais je crois que j’ai eu tort. L’opération a duré seulement une cinquantaine de minutes et la cicatrisation un mois. On ne doit pas en principe entretenir de relations sexuelles pendant trois mois après l’opération. La mienne s’est vite cicatrisée et j’ai commencé à le faire au bout d’un mois et demi. Je crois que les femmes ne doivent pas avoir peur. Beaucoup ont des douleurs, de tous genres, lors des rapports sexuels,  sans doute à cause de l’excision. C’est donc l’occasion pour elle de réparer ce qui a été coupé afin de bien jouir de leur plaisir.»

Bassératou KINDO

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